À la suite de la première place décrochée par George Russell pour la course sprint en Chine - avec 0"289 d'avance sur son coéquipier chez Mercedes, Kimi Antonelli, et un net écart de 0"621 sur la McLaren de Lando Norris, troisième - le patron de l'écurie Mercedes a cherché à calmer les rumeurs de dissension avec ses équipes clientes.
Après les qualifications du Grand Prix d'Australie le week-end dernier, lorsque Mercedes a enfin dévoilé son potentiel en dominant la séance avec un écart comparable, il est apparu que l'équipe officielle disposait d'un avantage sur ses clients dans la manière d'exploiter son unité de puissance afin de maximiser le temps au tour. Les premières critiques n'ont pas tardé à émerger, même si seules McLaren et, dans une moindre mesure, Williams ont exprimé publiquement leurs frustrations.
Au cœur des griefs : seule l'écurie d'usine disposait de la dernière spécification du moteur lors des essais hivernaux à Bahreïn. Les équipes clientes se sont donc retrouvées avec un "déficit de connaissances", qui a affecté la fiabilité de leurs simulations.
En Australie, le patron de Williams, James Vowles, a reconnu avoir été "pris au dépourvu" par l'ampleur de la supériorité de Mercedes. "Ils ont simplement été plus malins que nous, et c'est à nous de rattraper notre retard", a-t-il déclaré. "Je suis juste un peu surpris de voir à quel point ils ont été plus malins."
"La discussion avec HPP [High Performance Powertrains, le département moteur de Mercedes] pour avoir plus d'informations dure depuis des semaines", a pour sa part déclaré Andrea Stella, le directeur de McLaren, à l'arrivée du GP d'Australie.
"Même pendant les essais [de Bahreïn], on prenait la piste, on faisait rouler la voiture, on regardait les données : 'Oh, c'est ce qu'on a, bien, maintenant on réagit à ce qu'on a'. Ce n'est pas comme ça que l'on travaille en Formule 1."
Mercedes a toutefois insisté avoir pleinement respecté ses obligations envers ses équipes clientes en matière de partage d'informations et de données. Selon l'écurie allemande, l'avantage observé en piste tiendrait avant tout à la performance globale de la voiture, et non à la seule gestion du moteur.
Le mécontentement a néanmoins persisté, au point que Wolff a organisé cette semaine à Shanghai une réunion destinée à "crever l'abcès". Selon plusieurs sources, il ne s'agissait pas seulement d'apaiser les inquiétudes de ses clients, mais aussi de parvenir à un accord pour calmer la rhétorique publique autour du sujet.
"Au final, chacun cherche naturellement à obtenir un avantage", a expliqué Wolff après les qualifications sprint. "Certains le font plutôt en coulisses, d'autres via les médias. Mais nous avons rediscuté de tout cela avec les équipes clientes."
"Il est très clair que personne ne voulait accuser qui que ce soit. Nous essayons simplement de gérer la situation dans le cadre du règlement. Et vous pouvez voir qu'aujourd'hui ils sont déjà beaucoup plus proches - et Pierre Gasly a probablement signé la meilleure performance en ligne droite."
Le succès de cette réunion s'est ressenti dans le changement de ton chez certaines équipes auparavant très critiques. Les pilotes McLaren, par exemple, semblaient avoir reçu pour consigne d'éviter toute polémique sur la relation avec Mercedes.
"Nous sommes simplement en début de saison et il y a encore beaucoup de choses que nous essayons de comprendre", a expliqué Lando Norris lors de sa conférence de presse avant l'épreuve. "Certaines choses n'ont pas besoin d'être dites, car chacun cherche toujours à créer ses propres avantages."
"Mais en même temps, il y a aussi des éléments que nous devons découvrir par nous-mêmes. Pour le reste… je ne sais pas exactement ce que le règlement impose et ce qu'il faut de dire ou non. Ces questions relèvent plutôt d'Andrea et du reste de l'équipe."
"Mais nous avons toujours travaillé étroitement avec Mercedes. Et nous continuerons de le faire. Même si certaines choses ont été évoquées [par Stella], il y en a encore beaucoup que nous n'avons tout simplement pas encore explorées ni exploitées au maximum."
Cette position n'est pas uniquement un exercice de communication. Les données suggèrent en effet que Mercedes a conçu sa monoplace autour d'un équilibre différent dans la récupération d'énergie.
Sur le circuit de l'Albert Park, Russell et Antonelli ont non seulement atteint des vitesses de passage à la corde supérieures à celles de leurs rivaux - y compris les clients de Mercedes - mais ils ont également pratiqué du "super clipping" en mode ligne droite dans la pleine charge arrière.
Lire aussi :Cela est possible grâce à l'efficacité aérodynamique de la W17, qui génère davantage d'appui tout en conservant un bon équilibre. La voiture parvient ainsi à limiter le sous-virage susceptible d'apparaître lorsqu'on aborde les virages à plus grande vitesse.
Dans ce contexte, la nouvelle position de McLaren ressemble à une acceptation d'une évidence : au-delà de la nécessité de mieux exploiter le moteur Mercedes, l'équipe doit aussi augmenter l'appui aérodynamique sur sa voiture.
2026-03-13T18:06:21Z